blason du Carmel2 Croix de Toulouse



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Mais quel est ce convoi de 7 voitures bien remplies et joyeuses qui sillonne la France en ce week-end de l’Ascension ? Ils ne sont pas les seuls sur la route, c’est sûr, mais qu’est ce qui les pousse à faire autant de route ? Ces 28 jeunes accompagnés de 2 frères Carmes, c’est le groupe Nathanaël. Ils se rendent à Turin, ils veulent voir... le Saint Suaire !

Le Saint Suaire ? Cette pièce de tissu que l’on prétend être le linceul du Christ ? Pffff, ça fait bien longtemps que les tests au Carbone 14 ont démasqué cette farce du Moyen-Âge !

Et pourtant... Détrompez-vous, c’est plus compliqué que cela ! Laissez-les vous raconter leur pèlerinage, les enseignements qu’ils ont reçu sur le Christ sauveur et sur les saints de Turin, ce qu’ils ont appris des découvertes scientifiques troublantes concernant le Saint Suaire, leur aventure spirituelle, mais aussi leur joie de vivre à travers leurs jeux, leurs chants, leurs danses...

Hum hum, je commence. Tout d’abord, nous avons fait étape à la Sainte Baume. Haut lieu spirituel de la Provence, on raconte que Marie-Madeleine, après la Passion du Christ, a débarqué sur les côtes marseillaises et a vécu pendant de longues années en ermite dans la grotte de ce lieu ( ou Baume en provençal ). Tout d’abord nous sommes partis le mercredi 13 mai en fin d’après midi, c’est-à-dire jour pour jour, 9 mois après notre pèlerinage à Fatima, comme si Notre Dame nous avait portés en gestation pour enfanter en nous son Fils Vivant-Ressuscité ! Après une bonne nuit bien méritée suite à la longue route depuis Toulouse, c’est pour nous un beau lancement de pèlerinage que de commencer par la messe de l’Ascension dans la grotte de la Sainte Baume, surplombant cette forêt mythique aux essences exceptionnelles. Nos musiciens ( guitare, violon, flûte et voix angéliques ) donnent des ailes à notre prière... que nous prolongeons par l’oraison en haut de la montagne, juste au-dessus de la grotte, avec une vue à 360° ouvrant enfin vers la Méditerranée...

Mais il est déjà l’heure de redescendre, afin d’écouter le premier topo d’un triptyque d’enseignements sur le Christ, réalisé par le frère Luc-Marie et qui rythmera notre pèlerinage :

  1. le Christ sauveur en sa divinité
  2. le Christ sauveur en son âme
  3. le Christ sauveur en son corps

Dans ce premier volet sur « le Christ sauveur en sa divinité », nous apprenons que l’humanité de Jésus est substantiellement unie à sa divinité, et que Dieu est passé par l’instrument conjoint et spirituel de l’humanité du Christ pour réaliser son œuvre de salut. Car la Sainteté du Verbe sanctifie l’homme et, le sanctifiant, le purifie du péché. Allez, il est temps de pique-niquer et d’embarquer dans les voitures pour Turin ! Nous tirons au sort la répartition dans les voitures, de telle sorte à ce que nous puissions un peu mieux nous connaître entre nous. Discussions, chants, chapelet, dodo... nous avalons les kilomètres...

À l’arrivée à « l’oratorio » ( notre lieu d’hébergement à Turin ), un petit foot garçons contre filles ( mais qui va gagner ? ) nous permet d’attendre joyeusement les voitures retardataires. En veillée de ce soir, après un bon repas italien ( l’assiette de pâtes précède le plat principal ! ), un film sur le Saint Suaire.

L’occasion pour nous d’apprendre que le test au Carbone 14 datant de 1988 est remis en cause par les scientifiques depuis le symposium de 1993 : l’endroit du prélèvement des échantillons est pollué par les manipulations incessantes au fil des siècles et surtout par un « stoppage » presque invisible de la pièce de tissu au moyen âge. Outre les errances du linceul à travers le Moyen-Orient et l’Europe, nous découvrons que certains grains de pollen qu’il contient viennent de Palestine, et que le tissu, d’une grande valeur, a été élaboré avec une technique propre aux Juifs de Syrie du Ier siècle... Concernant la datation, il est étonnant d’apprendre que les pièces de monnaie qui fermaient les paupières du Christ ont laissé une trace non visible à l’œil nu mais dont l’étude révèle qu’elles contenaient une faute d’orthographe. Or il est reconnu historiquement que des pièces avaient été frappées avec la faute... entre 30 et 50 après JC ! Et comment ne pas être interpellé surtout par le fait que la marque du corps sur le linceul est indélébile et imprimée sur 20 à 40 microns à la surface du linceul sans aucun pigment mais par brunissement superficiel ? Loin d’être une peinture faite de main d’homme, elle est en réalité une oxydation du tissu, comme une roussissure très légère. Récemment des scientifiques ont démontré qu’une exposition à des radiations de plusieurs milliers de volts aurait pu produire cela ! De plus, le phénomène est similaire à celui de la photographie : l’image est inversée et constitue un négatif photographique. Ainsi, à l’occasion de la première photo réalisée au début du XXes, le négatif a révélé le positif du saint suaire que nous connaissons bien aujourd’hui. Encore plus bouleversant, l’intensité de la couleur imprimée sur le linceul varie en fonction de la distance au tissu : plus une partie du corps est proche du tissu et plus la teinte est foncée. On a donc là une véritable information en 3D ! Avec tout cela, il est légitime de penser que la création d’un faux est inenvisageable...

 

Le lendemain, lever à 5 heures pour ne pas rater la messe devant... le Saint Suaire ! Lors de l’élévation, il est troublant de réaliser que dans l’Eucharistie brandie devant nous, le Corps du Christ est bien plus présent que dans son image, laquelle est visible en toile de fond, tandis que la présence eucharistique est imperceptible à nos sens. Après la messe, durant quelques minutes, nous pouvons nous approcher du Saint Suaire. Puis les Carmes de Turin nous ouvrent les portes de leurs locaux pour y dire les Laudes, se restaurer ( petit-déjeuner ) et faire oraison. Le frère Baptiste nous apprend ensuite comment le Saint Suaire est pour nous témoin de la Passion, de la Résurrection... mais pas seulement. Les traces de sang montrent les plaies de la crucifixion au poignet et à la cheville, une blessure sur le côté et des marques de nombreux coups de fouet terminé par des billes de plomb. L’homme avait le front et la tête percés, sans doute par un casque de longues épines. Fracture nasale, partie de la barbe arrachée, genoux abîmés, marques d’un poids de 20 à 30 kg sur le dos... comment ne pas reconnaître les souffrances de la Passion du Christ ? La marque du corps résistante mais subtile et douce provient certainement de la radiation d’une lumière intense qui a dû jaillir du corps... Comment ne pas y voir un signe de la Résurrection ? Si le Saint Suaire peut nous inspirer de la stupeur face à l’atrocité des souffrances qu’il affiche, il nous inspire surtout la joie de la résurrection ! Enfin, frère Baptiste nous suggère comment, face à ce drap pouvant évoquer un scapulaire, on pourrait demander au Seigneur de laisser le Saint Suaire nous recouvrir, pour ensevelir le vieil homme pécheur qui est en nous et nous aider à ressembler un petit peu plus au Christ...

Puis, avant et après le pique-nique de midi dans la salle prêtée par les Carmes ( le temps est pluvieux ! ), des temps libres s’organisent entre ceux qui veulent piquer un petit somme en guise de fin de nuit ou de sieste, ceux qui souhaitent boire un café italien ou encore d’autres qui préfèrent visiter Turin.

Après le chapelet, nous retournons voir le Saint Suaire. Pour cela, il faut réaliser un long parcours qui permet de faire passer la foule par vagues et de fouiller les sacs des visiteurs pour la sécurité. L’occasion aussi de se préparer, de voir un flash vidéo décrivant les différentes marques du linceul et de se recueillir un bref instant devant la tombe de Pier Giorgio Frassati. Quelques minutes sont accordées devant le Saint Suaire, intenses... En sortant, encore tout étourdis par les minutes intérieures denses qui précèdent, nous décidons... d’y retourner ! Pas de refaire le parcours, mais de prier face au Saint Suaire au fond de l’église, loin des vagues de visiteurs. une heure d’oraison. Mais elle passe vite !

Le groupe se retrouve joyeusement à la sortie. Après quelques photos de groupe devant la cathédrale, nous partons marcher dans Turin pour visiter, manger de délicieuses gelati typiques et faire quelques emplettes. Nous découvrons les places majestueuses de Turin, les églises chargées au style baroque, les quartiers populaires, le palais royal... Le groupe Nathanaël ne passe pas inaperçu : si notre entrain et notre joie de vivre jaillissent à travers une danse folklorique improvisée au beau milieu de la grande place devant le palais royal, nous ne délaissons pas notre ferveur en disant les vêpres en compagnie des statues d’une autre grande place de Turin ! Enfin, nous passons la soirée dans un restaurant turinois : le dîner est excellent.

Suite à une nuit bien méritée après une aussi longue et belle journée, le trio laudes / petit-déjeuner / enseignement nourrit respectivement nos âmes, nos corps et nos esprits. Nous écoutons aujourd’hui « le Christ sauveur en son âme », et tentons de comprendre comment, grâce à ses mérites ( acceptation de sa mission malgré son effroi à Gethsémani, souffrances, mort...), le Fils de Dieu, en assumant sa nature humaine par son incarnation, permet à l’humanité de collaborer à son salut.

Les questions sont nombreuses avant de quitter définitivement « l’oratorio » pour rejoindre de nouveau le couvent des Carmes de Turin où nous avons la messe et l’oraison.

Émilie nous parle ensuite de Pier Giorgio Frassati, ce bienheureux turinois que Jean Paul II a « nommé » patron des jeunes et des sports ( tombe vue à la cathédrale ). Comment sa vie, bien que brève, peut-elle ne pas nous toucher ? Jeune étudiant féru de sport et de montagne ( accès facile depuis Turin ), il était moteur d’une bande d’amis chrétiens du nom éloquent de « La compagnie des types louches ». Très proche de Dieu et fidèle à la prière, il consacrait également beaucoup de temps à visiter les pauvres dont il disait qu’auprès d’eux il voyait « une lumière que nous n’avons pas ». Décédé à 24 ans, sa disponibilité pour les autres, sa simplicité, sa joie et sa ferveur en font pour nous un modèle de sainteté. Après le déjeuner, nous cheminons dans les rues de Turin jusqu’à la prestigieuse église où repose Don Bosco, qui a consacré sa vie à l’éducation des enfants et des jeunes. C’est lui qui a créé les « oratorios » ( centres de loisir et de formation humaine et chrétienne pour les jeunes ).

Mais c’est déjà l’heure du départ, rythmé par les chants joyeux. Chapelet en roulant dans les Alpes italiennes, puis françaises. Il y a encore de la neige par endroits... que la montagne est belle ! Nous arrivons à la Batie, village à proximité de Notre Dame du Laus, où une maison de famille nous est très gentiment prêtée. Le champ d’herbes denses et de fleurs qui s’étend devant la maison est une grande source d’inspiration pour la détente : sauts et courses, jeux d’épervier ou de chat ( trap-trap ), bouquets de fleurs, galipettes... Une belle occasion de laisser exploser nos énergies et nos amitiés. Nous prolongeons cela par un apéro à l’extérieur et de nouveau par des danses traditionnelles, cette fois animées par le violon d’Arthur !

Après un dîner festif de pizzas comme il est de coutume à Nathanaël, nous partons pour Notre Dame du Laus pour une soirée adoration-confession. Pour nous qui sommes passés par Fatima et la Sainte Baume, s’arrêter au Laus est chargé de sens. En effet, c’est encore un lieu de miséricorde : entre 1664 et 1718, la Sainte Vierge y est apparue à une bergère, benoîte, qu’Elle a formée pour préparer les âmes à la confession et à qui Elle a donné le don de lire dans les consciences. On comprend donc que ce sanctuaire soit, depuis lors, un haut lieu de conversion et de réconciliation. La nuit qui suit nous offre un peu de repos.

Au matin, face au brillant soleil émergeant des montagnes majestueuses, nous louons le Seigneur pour la beauté de Sa création. Un petit-déjeuner convivial avalé, nous retournons à Notre Dame du Laus pour écouter le 3e et dernier topo : « le Christ, sauveur en son corps ». Le père Luc-Marie nous enseigne le sens et la fécondité du sacrifice du Christ ( ce qui plaît au Père n’est pas la mise à mort sur la croix mais l’amour donné ). Puis, c’est la grand’ messe du dimanche, Laure et Arthur mêlent leur talent de flûtiste et violoniste à ceux des musiciens animateurs. Après qu’une sœur nous ait expliqué l’histoire du lieu, nous allons dans le chœur de la basilique pour recevoir l’huile de la lampe du tabernacle dont la Sainte Vierge a dit à Benoîte que si l’on s’en appliquait en recourant à son intercession, on guérira. Nous passons donc un par un, non sans émotion, pour recevoir l’onction et, « par les mains de Marie nous t’offrons Père éternel les saintes plaies de Notre Seigneur Jésus-Christ pour guérir celles de nos âmes ». Quel cadeau ! Spirituellement, nous sommes vraiment très gâtés ces jours-ci !

Notre joie déborde au déjeuner qui suit à la Batie. Nous remercions les grands acteurs de ce pèlerinage sans qui tout cela n’aurait pas pu être vécu : Frédéric, Jean-Hugues, Floreine, les chauffeurs... sans oublier nos deux frères Carmes qui ont donné tant de profondeur à ce pèlerinage, théologiquement et spirituellement.

Après le rangement de la maison, nous reprenons la route pour Toulouse. Que de joie ! Et même si celle-ci est teintée d’un pincement au cœur car il est temps de rentrer vers nos occupations toulousaines de routine, nous savons que nous pouvons la garder toujours, tant bien que mal, car c’est une joie qui vient de Dieu. D’ailleurs, Pier Giorgio disait : « A nous il n’est pas permis de vivoter, Vivre est notre devoir, trêve donc de toute mélancolie ! » En filigrane, se dessine dans nos vies le visage du Christ « qui a pris notre humanité pour que nous soyons unis à sa divinité »...


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