blason du Carmel2 Croix de Toulouse



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Nous voici le soir du mercredi 9 mai 2018, et la dizaine de toulousains que nous sommes se rassemble sur le parvis du couvent des Carmes. J’avoue que jamais nous n’aurions pensé dire un jour que nous avons hâte de quitter le mauvais temps toulousain pour rejoindre le beau temps breton !

 

Martin et Arthur nous rejoignent au volant de 2 trafics. Ils sont les chauffeurs qui conduiront tout au long des 1500km de route qui nous attendent. Sans excès de vitesse, accident, somnolence au volant, ni mouvement d’humeur. C’est ça le chemin de la sainteté selon le code de la route.

 

Le frère Pierre-Marie est en charge de la partie spirituelle de ce pèlerinage. Il nous parlera de la famille, et nous fera découvrir le visage de la sainte famille à travers Sainte Anne, tant aimée des bretons. Martin lui s’occupe de l’organisation et de la logistique.

Ils nous distribuent un livret qui contient de nombreux chants, prières et lectures, et également un dictionnaire breton-français, avec les rudiments de base. Fort heureusement, le mot le plus courant est aussi le plus simple à prononcer : Kenavo, qui signifie Salut. En revanche, d’autres mots sont nettement plus compliqués : le breton aimant parsemer ses mots de GW, y distiller des K, les saupoudrer de ZH, sans modération. On aurait envie de les mettre en concurrence avec les slaves et voir ainsi qui survit à la prononciation. Par exemple, pour dire « pèlerinage » : Pirc’hirinerezh en breton / pielgrzymka en polonais

 

C’est sur ces considérations que nous roulons donc, traversant Bordeaux et Nantes, toujours plus haut. Plus haut que le nord ? C’est le Niort ! 1ère étape de notre périple. Nous sommes un peu en retard et un prêtre a eu la gentillesse de veiller tardivement pour nous ouvrir les portes de sa salle paroissiale. 2 pièces bien larges où nous pourrons étendre nos tapis de sol et nos membres engourdis, c’est l’idéal !

 

Après avoir prié les complies, Martin nous recommande de nous coucher tôt car le réveil sera matinal et pas question de commencer à prendre du retard (il sait que c’est ce que nous savons faire de mieux !). Le lendemain petit-déjeuner et départ pour Vannes.

Enfin nous allons rencontrer de vrais bretons ! C’est passionnant de découvrir de nouvelles cultures. Le tout est d’éviter de tomber dans les clichés. Par exemple, les bretons ne dînent pas forcément en dansant autour d’un sanglier rôti avec un barde suspendu à un arbre.

 

En arrivant, nous découvrons notre logis. Il s’agit d’un ancien séminaire et les chambres communiquent autour d’un magnifique cloître. Le lieu est reposant. Nous y déchargeons nos valises et nous hâtons vers l’église St Pierre de Vannes pour la messe. Aujourd’hui c’est l’Ascension, grande fête du Christ monté au ciel !

Nous traversons la ville chargée d’histoire et nous émerveillons devant ses maisons, ses ruelles, son port et sa forteresse. Nous passons près de la maison natale de Marion, qui évoque avec nostalgie ses premiers cris de bébés, ses premiers Areuhghz-areuzwh (puisqu’elle gazouillait en breton).

Les rues sentent bon la crêpe, c’est bon nous sommes bien en auray ! Clothilde s’est acheté un imperméable jaune intérieur rayé pour se fondre dans la population locale. Elle avance d’un pas assuré vers l’église. Celle-ci est splendide ! A l’intérieur, nous y découvrons bien sûr des statues en l’honneur de Sainte Anne et sainte Marie. Et faisons la connaissance du saint local : Vincent Ferrier. Il s’agit d’un dominicain espagnol du XVème siècle connu pour ses publications publiques et les nombreuses conversions qu’il a opérées dans le coin. La messe commence et, chose étonnante, est traduite en langue des signes. A présent nous savons dire sainteté, sagesse et fête de l’Ascension en langue des signes, ce qui peut toujours être utile dans une conversation.

  En déambulant nous revenons au port pour y déjeuner. On entend au loin des klaxons…sacré embouteillage ça ne s’arrête pas ! En nous approchant nous découvrons qu’il s’agit en fait de groupes de musique en costume folklorique, qui font un boucan phénoménal. C’est le jour du concours des bagadoù et chacun souffle aussi fort qu’il peut dans son biniou, sa cornemuse ou sa bombarde. Le frère Pierre-Marie retrouve les pas de danse de sa jeunesse et nous entraîne dans une ronde qui muscle les petits doigts. Quant au père Luc-Marie il s’extasie en passant d’un joueur à un autre à coup de « splendide, incroyable, phénoménal », en levant haut les bras comme tout bon marseillais qui se respecte. Maman Jeannine, la mère du frère Pierre-Marie nous rejoint et conquiert immédiatement le groupe en partageant son repas et sa bonne humeur !

Puis nous partons rendre visite aux carmélites d’un couvent proche du port. Cinq sœurs nous attendent, prêtes à nous raconter leur histoire et leur vocation. Elles suscitent immédiatement notre intérêt et réveillent la flamme missionnaire de nos frères carmes, en nous apprenant que c’est ici en auray que fut fondé le premier carmel en France au XVème siècle…avant même celui de Thérèse d’Avila ! Les vocations étant moins nombreuses, elles ont quitté leur couvent d’origine, s’installant ainsi en 2013 au centre de Vannes, parmi les sœurs de la Charité de Saint Louis.

 

Nous partons ensuite nous promener le long du golfe du Morbihan et emplissons nos yeux de cette vision d’immensité. C’est l’heure pour le frère Pierre-Marie de commencer le topo, au cœur même de cette nature sauvage et ensoleillée. Il nous parle avec beaucoup de douceur de la famille, cellule de base de la société, présente dès l’origine de la Création dans le dessein de Dieu. Et projet d’amour auquel il nous associe. Il nous rappelle la beauté de l’acte créateur qui, nous ayant distingué en tant qu’homme et femme, nous appelle à être à l’image de la sainte Trinité, union d’amour vivante, visible et féconde. Puis nous portons tout cela dans nos prières à l’occasion d’un temps d’oraison, et prions l’office des vêpres face à la mer.

 

Le soir nous rentrons dîner au séminaire, puis prions les complies avant d’aller nous coucher, rêvant de doux souvenirs d’enfance si l’on s’appelle Marion, ou de doux sons de bombarde si l’on est le père Luc-Marie.

Le lendemain, départ pour une petite marche du Bono jusqu’à Sainte Anne d’Auray. L’air frais marin est parfait pour cette promenade côtière.

Nous faisons halte à l’église de saint Goustan. Le frère Pierre-Marie y poursuit alors son enseignement, nous introduisant à l’évangile de la famille. Il s’appuie beaucoup sur l’encyclique du pape François, Amoris Laetitiae et Gaudium et Spes de Vatican II. Nous comprenons combien Dieu bénit les familles, s’étant lui-même incarné au sein d’un foyer et ayant commencé son ministère à l’occasion d’un mariage à Cana. Le frère évoque le caractère sacré du mariage, alliance établie sur l’amour mutuel des époux. Les époux étant ainsi l’image du Christ uni à l’Eglise, et étant même appelés à participer à ce dessein d’amour ! Le frère nous invite enfin à être soucieux du respect de toute vie, don de Dieu. Et à faire de nos familles de petites églises domestiques, œuvre de sanctification.

 

Notre marche s’égrène ensuite au fil des dizaines de chapelet. Il faut accélérer le rythme car nous sommes attendus au sanctuaire. Arrivés à sainte Anne d’Auray nous déballons nos pique-niques et c’est bien à l’abri du vent que maman Jeannine et ses amis nous découvrirons. Ces anges gardiens nous apportent le café !

 

Le recteur du lieu, le père Guivellic, nous rejoint ensuite pour nous raconter l’histoire de ce sanctuaire. Elle remonte au temps d’Yvan Nicolazic, paysan breton du XVIIème siècle à la foi profonde comme les sillons de sa charrue, et grand dévot de sainte Anne. Un jour celle-ci lui apparaîtra, se présentant comme « sainte Anne, mère de Marie », et invitera Yvan à fouiller un champ sous lequel seront découvert une statue de sainte Anne et une chapelle. Celle-ci sera reconstruite afin d’y honorer « Madame Sainte Anne ». Le père nous invite surtout à nous intéresser à la figure de Pierre de Keriolet, duc du lieu violent et assassin, qui un jour se convertit et dont le repentir et le renoncement l’amenèrent à se mettre radicalement au service des plus pauvres à la suite du Christ.

 

Nous nous rendons ensuite chez Maman Jeannine qui nous accueille avec ses amis, à grand renfort de sourires et de gâteaux. Ici la générosité abonde. Dans le florilège de fleurs qui pousse dans son jardin, et dans la montagne de gourmandises que nous dégustons. Le soir nous rentrons dîner au centre d’accueil et après complies partons admirer l’église saint Pierre de Vannes, qui flamboie ce soir, illuminée de plus de 2000 bougies.

 

Le samedi matin commence avec les laudes et la messe, puis départ direction Locmariaquer. Ici les villages commencent ou finissent tous par –quer ou -ker. On peut dire que les bretons ont le cœur sur la main et le ker sur la langue ! C’est dans l’église que le frère Pierre-Marie terminera son topo, sur l’amour au cœur de la famille.

La famille, école de vie pour y apprendre le détachement, la délicatesse, le fait de s’oublier en cherchant le bien de l’autre plus que le sien. Le frère s’appuie sur la 1ere lettre de saint Paul aux Corinthiens.

L’amour prend patience ; l’amour rend service ; l’amour ne jalouse pas ; il ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil ;

il ne fait rien de malhonnête; il ne cherche pas son intérêt ; il ne s’emporte pas ; il n’entretient pas de rancune ;

il ne se réjouit pas de ce qui est mal, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai ;

il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout.

L’amour ne passera jamais.

 

Après un bon pique-nique sur le port, nous partons admirer la presqu’île de Quiberon. Nous nous posons, et la nature qui semblait silencieuse se révèle en fait pleine de vie et de bruits. C’est un véritable ballet qui s’anime autour de nous ! Le mouvement des vagues se fracassant sur les falaises, les mouettes se laissant bercer au gré du vent et des flots, les embruns balayant les rochers de leur souffle salé !

 

Enfin nous partons visiter l’abbaye de Kergonan, et avons une pensée pour notre évêque monseigneur le Gall. Un jeune moine nous guide jusqu’à l’église où nous pourrons prendre un temps d’oraison.

 

Le soir nous nous hâtons de dîner car, après complies, nous nous retrouverons pour une vraie fête bretonne ! La famille du frère Pierre-Marie vient nous rejoindre pour partager cidre et kouign-amann. Puis vient l’heure de la danse où tous les styles se mélangent, où la bourée, la queue-leuleu et le couper-décaler viennent rencontrer la danse-prière du frère Pierre-Marie.

 

Le dimanche est le dernier jour de notre périple. Nous souhaitons le passer au pied de sainte Anne et dans les bras de la Sainte Famille, à sainte Anne d’Auray ! La messe sera l’occasion de Lui confier chacune de nos familles afin que nous soyons toujours plus unis à Dieu.

Après un passage aux boutiques souvenirs, c’est l’heure du grand kenavo à Maman Jeannine. Nous espérons la revoir bientôt et embarquons dans nos 2 trafics direction notre ville rose. En chemin le père Luc-Marie prendra le temps de nous parler de notre Dame de Fatima, à l’ombre d’une aire d’autoroute car nous sommes le 13 mai, jour mémorable pour nous tous...

 

Merci Martin et nos frères Pierre-Marie et Luc-Marie pour ce beau pèlerinage !

Le prochain pélé prévu est d’ailleurs un clin d’œil à sainte Anne, puisque cet été nous nous rendrons à …Annecy !


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